Extrait 5

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Mémoire 3

 

Partie théorique

 

 

II. La fonction parentale:

Comment devient-on parents ? Qu’est-ce qui sous-tend la fonction parentale ? Selon J.Lacan « l’essence de la maternité, comme de la paternité est problématique, ce sont des termes qui ne se situent pas purement et simplement au niveau de l’expérience ..»[1]. Dans une même famille, les projets des parents seront différents en fonction du moment où l’enfant naîtra. La manière dont subjectivement les parents exercent leur fonction s’étudie autour de 3 moments clés : ce qui se passe lors du désir d’enfant, à la naissance et après la naissance.

 

Avant d’approfondir ces trois temps, quelques définitions sont indispensables.

 

1. Définitions:

 

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Parent .Le mot « parent » vient du latin « parens », « parentis », le père, la mère, et de « parere » ceux qui ont donné la vie, enfanter, engendrer.

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La fonction parentale. C’est la fonction qui appartient aux parents, qui leur est propre.

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La parentalité . La psychanalyse a étudié les phénomènes psychiques à l’œuvre lorsque l’on devient parent. Ce terme récent, a été étendu aux deux parents . Il désigne depuis une dizaine d’années « le processus par lequel on devient parent d’un point de vue psychique. » [1] L’entrée dans la parentalité est un moment important pour les individus. Elle donne lieu à un profond remaniement psychique. Le premier élément de la parentalité est le désir d’enfant. Le second est le processus de parentification. 

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La parentification :Les phénomènes psychiques à l’œuvre quand les individus entrent dans la parentalité constituent le processus  de parentification. Il a été plus particulièrement étudié et décrit pendant la grossesse de la mère, c’est la « maternalité ».Le processus de parentification chez le père, « la paternalité », moins étudié, fait l’objet actuellement de nombreux travaux.

2. Que se passe-t-il avant la naissance? L'entrée dans la parentalité.

 

2.1 /« Le désir d’enfant prend sa source dans l’histoire des futurs parents » dit Dominique Luciani. Les dimensions narcissiques et oedipiennes de la personne y sont fortement impliquées. »[1] Le désir d’accéder au statut de parent précède celui d’avoir un enfant. Ce désir est  « sous la prédominance du narcissisme: on désire s’arroger la puissance attribuée aux parents »[2]  et d’une manière plus large, on remet en jeu la soumission à l’autorité parentale. On devient parent comme ses parents, aussi bien qu’on les fait tomber eux au statut de grands- parents. Cette permutation peut faire violence spécialement quand pendant l’enfance les conflits entre parents et enfants ont été difficiles. Il est important de comprendre l’origine du désir de devenir parent et d’avoir un enfant, car les avatars de ce désir, écrivent T.Berry Brazelton et B.Cramer, « vont donner forme aux fantasmes et aux attitudes parentales. »[3] Ce qui se passe avant la naissance d’un enfant, cette«préhistoire du désir d’enfant » [4] ressemble à des courants, « des fils rouges », contenant des déterminants culturels, intrapsychiques ou biologiques. Ils vont alimenter ce qui va devenir ce désir. Même s’il y a un désir affirmé, il n’y a pas forcément un désir profond. Pour B.Cyrulnik[5]les « histoires de vie » sont souvent plus difficiles chez des enfants désirés , « préférés », « chargés d’une mission », que chez des enfants arrivés accidentellement ou dits non« désirés». D. Luciani insiste sur l’importance de la construction de ce désir. La défaillance dans cette construction pourra être « un des éléments en cause dans les relations perturbées de certains parents avec leur enfant. »[6] qui inconsciemment, ne veulent pas continuer la lignée ou perpétuer les problèmes de leur propre enfance.

 

2.2/ La vie fantasmatique de la mère durant la grossesse est très importante dans la construction du désir d’avoir un enfant. C’est la mise en place du lent processus de parentification. La vie fantasmatique de la mère permettra de produire un « enfant imaginaire », « fantasmé »et de construire le processus d’attachement. Le désir, comme la fonction parentale est l’aboutissement de désirs inconscients autour d’un enfant. « le bébé naît d’abord dans la tête des parents. »[7]Cet imaginaire parental va se développer avant la naissance. Ainsi l’histoire du bébé débutera bien avant sa naissance « le bébé est imaginé avant d’être perçu, parlé avant d’être entendu. »dit B. Cyrulnik.[8]Cette anticipation de chacun des deux parents ou du couple mobilisent des raisons psychologiques prépondérantes, raisons intimes, secrètes, qui sont issues de leur propre histoire, de leur imaginaire, de leur inconscient. C’est en quelque sorte une manière de prédéterminer la vie de l’enfant. L’attente et l’attribution anticipée d’un sexe à l’enfant participent aussi au projet parental. »[9] rappelle J. J. Guillarmé

 

2.3/ Les nouvelles techniques de surveillance des grossesses (échographie, amniocenthèse..) apportent « à la fois une nouvelle réalité mais aussi de nouveaux fantasmes à la grossesse.  Michel Soulé [10] s’interroge à propos de leurs possibles influences sur la vie fantasmatique de la femme enceinte et sur une éventuelle altération de cette relation qu’elle avait avec le bébé imaginaire. Le fœtus n’est plus un inconnu et l’enfant imaginaire va rencontrer très tôt des caractéristiques du fœtus réel donc du bébé réel. Ces nouvelles techniques n’apportent pas forcément de la quiétude à tous les parents. La connaissance anticipée du sexe de l’enfant pendant la grossesse, peut en décevoir certains et ne rendra pas la vie facile au futur bébé. Des études expliquent que des parents connaissant le sexe de leur enfant, mettaient beaucoup plus de temps « à personnifier le bébé et à reconnaître son individualité après la naissance »[11]Certaines mères ont besoin de temps pour construire l’attachement à leur bébé. Ce problème est particulièrement mis en évidence lorsque l’enfant naît prématurément et que « le travail préparatoire d’attachement a été réduit »[12]concluent T.Berry. Brazelton et B.Cramer.

 

2.4/ Le désir d’enfant est un désir qui se construit à deux car il comporte « l’image que chacun des deux parents a de lui-même, la perspective éducative qu’il s’est donné »[13] Chacun des parents vivra séparément, souvent en l’ignorant,  l’avenir de son enfant. Ils devront donc par l’intermédiaire du couple, essayer de réunir les deux  perspectives dans un projet commun. L’attente d’un enfant sera à la fois: un moment primordial de la vie du couple et pour « la personne future de l’enfant ».[14] Le choix du prénom sera un des aspects de ce projet. Il n’est pas seulement soumis à des modes culturelles ou  sociales mais aussi à des raisons d’ordre psychologique. Ce choix ne sera pas le fruit du hasard. Le prénom va individualiser l’enfant tout en l’inscrivant dans la lignée. Il pourra porter les souhaits des parents concernant les traits de caractère de l’enfant désiré.

2.5/ L’enfant traduit et prolonge l’enfance que chacun des parents a eue. « C’est ainsi que la naissance offre une nouvelle chance à l’histoire ancienne des parents de se remettre en scène. »[15]L’enfant désiré, c’est l’enfant qui vient prosaïquement combler les manques de l’enfance et qui va pouvoir restituer la toute puissance, la capacité à être aimé aux parents. Ce désir contient les fantasmes des parents: désir de se reproduire, de se retrouver soi- même, de retrouver ses ancêtres, de recréer les états idéaux de l’enfance ou d’essayer de recréer un relation parent-enfant idéale que l’on n’a pas eu ou que l’on aurait désirée avoir.

2.6/ L’enfant est investi d’une mission qui dépasse le bébé réel. L’enfant avant de naître, est chargé par ses parents, en même temps d’une mission où « il lui faut désormais incarner leurs fantasmes » et d’un « statut de réparateur de fantasmes.» [16]Le désir d’avoir un enfant peut prendre son origine dans la défense contre le deuil, deuil : d’un ancêtre, d’un proche ou d’un autre enfant. L’enfant sera alors chargé d’éteindre les douleurs anciennes et d’un potentiel de réparation.

2.7/ L’ambivalence des sentiments. Le bébé peut être désiré et en même temps craint. Le travail psychique pendant la grossesse peut être l’occasion de tourment et d’angoisse pour les parents. La grossesse les met face à l’irréversibilité du processus. C’est une nouvelle étape de leur vie. Ils doivent abandonner les sentiments de dépendance vis à vis de leurs propres parents et prendre conscience des responsabilités futures. Certains parents pourront ressentir avec angoisse cette nouvelle responsabilité.

 

2.8/ L’enfant à venir ressenti comme un individu. Dans la dernière partie de la grossesse, les parents vont voir le fœtus « comme de plus en plus séparé et de plus en plus réel. »[17] Ils vont lui donner une personnalité individuelle. Avec l’activité fœtale, la mère va personnifier l’enfant en lui attribuant des caractéristiques, en l’individualisant. Plus le bébé est perçu comme une personne séparée, moins la mère se jugera incompétente ou incapable d’être mère.


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[1]  Lacan. J. « La famille », .vol 8., Encyclopédie française, 1938

[1]  Houzel. D. ;  « devenir parent » ; in « l’enfant, ses parents, et le psychanalyste. » ; Bayard compact ;nov 2000. ;p 293

[1]  Luciani. D. article à paraître conférence  Les Amphis de l’A.I.S : « L’école, la famille :substitution ou aide à l’exercice de la parentalité ? »,   I.U.F.M. Batignolles,  Paris, 20 janvier 2001.

[2]  Brazelton .T. Berry., Cramer B. ; « Les premiers liens » ;livre de poche ; Stock-Laurence Pernoud ; Calmann-Lévy ;Paris ;1991.p.30

[3]  Ibid p.33.

[4]  Ibid..p.20.

[5]  Cyrulnik., B., « Sous le signe du lien, »coll Pluriel, Hachette Littératures, juin 2000, Paris ;p.44

[6] Luciani. D. op.cit note 66

[7] Brazelton .T. Berry., Cramer B. ; « Les premiers liens » ;livre de poche ; Stock-Laurence Pernoud ; Calmann-Lévy ;Paris ;1991.p.22

[8] Cyrulnik., B., « Sous le signe du lien, »coll Pluriel, Hachette Littératures, juin 2000, Paris ;p.28.

[9] Guillarmé.J.J. ; « Education et rééducation  psychomotrices ». ;Sermap-Hatier ;Paris ;1983 ; p.105

[10]  Soulé.M. ; « L’incroyable Monsieur bébé : du côté des mères. » Lempereur. D. Antenne 2.1989.

[11]  Brazelton .T. Berry., Cramer B. op.cit. note 72 ;p 44

[12]  Brazelton .T. Berry., Cramer B op.cit. note  72 p.44

[13]  Guillarmé.J.J. ; « Education et rééducation  psychomotrices ». ;Sermap-Hatier ;Paris ;1983 ; p.102

[14] Guillarmé.J.J. ; « Education et rééducation  psychomotrices ». ;Sermap-Hatier ;Paris ;1983 ; p.102.

[15] Cyrulnik., B., « Sous le signe du lien, »coll Pluriel, Hachette Littératures, juin 2000, Paris  p.20

[16] Ibid.p.43

[17] Brazelton .T. Berry., Cramer B. op.cit note 67.p44

 

 

 

 

 

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