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III.
Le partenariat Famille/École:
1.
L'origine de ce partenariat: l'éducation partagée
« L’enfant, le
seuil de l’École une fois franchi, devient instantanément un élève.. »[1]affirme
Y.Darrault. L’école a donc demandé aux « parents de cet
enfant » de se transformer en « parents d’élève. »
D.Gayet en citant F. de Singly parle des « deux
instances » qui « gouvernent l’enfant: la famille et
l’école. »[2]
Ces deux instances ont des prétentions éducatives qui peuvent soit
se compléter, soit s’opposer. L’éducation familiale est privée,
individuelle et s’adresse à un enfant, l’éducation scolaire
est publique, collective et s’adresse à des élèves. C’est en
1932 que le ministère de l’Instruction Publique prit le nom d’Education
nationale.[3]
Dans les années 60, de profonds changements dans la société, les
familles, les enseignants, les élèves, ont entraîné une évolution
et des transformations des relations « famille-école ».
Les familles sont passées d’une situation de dépendance par
rapport aux exigences de l’école, voire de soumission, à une
revendication de « partenariat ». La loi va réglementer
progressivement leur présence à l’école, leur donner un droit
de regard, de décision concernant la scolarité de leur enfant. Les
textes officiels laissent peu à peu entendre que cette
participation est naturelle, de droit et nécessaire. Un bref rappel
historique des lois instituant ce partenariat est en annexe.[4]
L’école et la famille deviennent selon D. Gayet des « partenaires
obligés » mais aussi des « partenaires inégaux »[5]
Il s’interroge sur cette tentation « bien grande pour
l’institution scolaire de réduire l’enfant à n’être qu’un
élève. »[6]
2.
Familles/Parents/Parents d'élèves
Si
historiquement l’école a d’abord utilisé le terme
« famille », l’utilisation de « parent »
est beaucoup plus récente. Ce mot s’est imposé avec le mouvement
naissant des associations de parents d’élèves. Plusieurs auteurs
s’interrogent sur cette catégorie « parents
d’élèves ». Pour D.Gayet, elle « est si
hétérogène qu’il est très difficile d’en tracer un portrait
cohérent. »[1]
Il est illusoire selon lui, de tenter d’uniformiser sous un même
terme une si grande diversité de stratégies éducatives. Autant de
parents, autant de pratiques éducatives ! D. Glasman[2]
pense qu’il est important en Z.E.P de distinguer « les
familles » et les « représentants de parents
d’élèves ». Il constate un retour en force du mot
« famille » dans le vocabulaire de l’école,
spécialement en ZEP. Pourtant, précise t’il, les termes
« familles et parents » ont des connotations très
différentes. Le terme « parent »désignerait un rôle,
un statut, que l’école souhaite voir tenir par ses
« partenaires ». Quant au terme « famille »,
il désignerait un groupe social, plus ou moins étranger à
l’école et à sa culture. Il insiste sur le danger d’une telle
orientation qui impliquerait que les familles populaires ou
d’origine étrangère, soupçonnées d’incapacité éducative,
de ne pas investir la scolarité de leur enfant, ne relèveraient
pas de l’appellation « parents ».
3.
Définition du partenariat
3.1/
Partenaire. C’est un mot d’origine anglaise « partner ».
dans les différents dictionnaires, l’idée
d’« association »domine. Un partenaire est «
une personne ou un groupe à qui l’on est
associé »(Larousse) Cela « suppose une
association et des intérêts communs, des échanges »
(
dictionnaire du français moderne)
3.2/
Partenariat. Ce terme très employé actuellement,
n’apparaît dans les dictionnaires que depuis une vingtaine
d’années. Il est défini comme « une action commune …dans
un but déterminé. »[3]
3.3/
Définition de Dominique Glasman[4] Le partenariat désigne des
formes de collaboration* entre diverses personnes, qui vont au delà
d’une intervention ponctuelle. Les partenaires peuvent être
extérieurs à l’institution scolaire. En raison de leurs
positions spécifiques, leur rapport avec cette institution, pourra
être fondamentalement différent. Le partenariat implique une
rencontre, une collaboration, une réalisation commune, un projet,
entre des personnes qui n’avaient pas l’habitude de travailler
ensemble. « On ne peut parler de partenariat que s’il y a
rencontre de deux projets. »[5]La
phase préalable à cette rencontre est la négociation où
chacun pourra s’exprimer sur le partenariat : les acteurs,
l’objet, les enjeux, et même les conflits. Ce partenariat n’est
pas établi une fois pour toute. « La renégociation
permanente,.., fait partie intégrante du partenariat. »[6]
Il n’y a pas domination de l’un ou de l’autre des partenaires.
Ils sont au même niveau. La ligne de conduite n’est pas
imposée par l’un d’entre eux. Le respect mutuel, l’écoute et
le projet commun seront privilégiés. Le partenariat avec les
familles est différent des autres. Selon les familles, il
s’agit soit de « partenaires
disponibles » :les représentants des associations de
parents d’élèves, soit de « partenaires
espérés » : familles de l’école.
3.4/
La collaboration Le mot « collaboration »
vient du latin « cum » : avec et « laborare » :
travailler. Il désigne l’action :de travailler en commun
avec quelqu’un, d’élaborer un travail commun, de
contribuer à un résultat. « Collaboration » renvoie à
l’idée « d’aide, d’appui, de concours, de coopération,
de participation. »(Petit Robert) La collaboration est un
acte, une pratique, un accord institutionnel ponctuel, établi sur
un temps plus limité.
3.5/
Le contrat Tous ces termes « partenariat,
partenaire, collaboration » renvoie à l’idée de contrat.
Dans le Robert, le terme contrat est défini comme une
« convention par laquelle une ou plusieurs personnes
s’obligent envers une ou plusieurs autres à donner, à faire ou
ne pas faire quelque chose (code civil) ». Ce contrat peur
être « synallagmatique » ou
« bilatéral », c’est à dire comportant des
obligations réciproques pour les contractants. Le contrat peut
être oral ou écrit. Il peut y avoir résiliation, réajustement ou
reconduction du contrat.
4/
Le "partenariat" en rééducation
4.1/
Les réseaux d’aides spécialisées. Il convient tout
d’abord de se référer à la circulaire du 9 avril 1990[7] qui précise la mise en place
et l’organisation des réseaux d’aides spécialisées aux
élèves en difficulté. Il est important de souligner dans
l’introduction, un des grands principes développés dans cette
circulaire :« L’école, qui accueille tous les
enfants, »doit s’adapter à l’enfant. L’enfant est au
centre du système scolaire. Avec les RASED, l’enfant en
difficulté va relever d’un ensemble d’actions étagées, de
réponses spécifiques, qu’il conviendra de découvrir par le
biais d’échanges vécus en partenariat. Le réseau d’aides
n’est pas une structure fermée, rigide mais un système ouvert
avec une souplesse de fonctionnement qui doit permettre aux
différents acteurs de travailler en complémentarité. L’aide
sera sélective et adaptée à chaque cas. Les différents
partenaires seront associés au « projet
d’intervention ».La mise en commun des informations, les
regards croisés des différents partenaires permettront la mise en
place de l’aide. Le terme « partenariat » n’est pas
employé, mais on retrouve dans ce texte, l’objectif d’une
action commune entre différentes personnes. Le travail de
« collaboration », action limitée dans le temps, avec
l’enseignant y est différencié. Il est donc nécessaire
pour le rééducateur d’avoir une connaissance claire des
compétences de tous les partenaires avec lesquels il sera amené à
travailler. Chacun devra respecter la place de l’autre. Tout en
s’informant du travail des différents professionnels (du réseau,
de l’école) il lui sera nécessaire d’identifier et de prendre
en compte l’extrême diversité des familles, pour élaborer
un projet d’aide à l’enfant .
4.2/
La spécificité de l’aide à dominante rééducative.
Cette circulaire définit clairement d’une part, la spécificité
des actions à dominante rééducative et d’autre part, le
travail qui sera réalisé avec la famille dans le cadre de la
rééducation. L’aide rééducative s’adresse à l’élève en
difficulté scolaire. Elle a pour objectif de permettre à
l’enfant-sujet de retrouver un statut d’élève efficient à
l’école, ainsi que de « permettre un engagement actif et
personnel de l’enfant dans les différentes situations, la
construction ou la reconstitution de ses compétences
d’élèves. » La circulaire différencie le travail mis en
place avec les familles selon l’aide spécialisée. Si la famille
doit être informée, elle ne sera pas impliquée de la même
manière. L’aide rééducative ne pourra être « entreprise
qu’avec l’accord des parents et dans toute la mesure du possible
avec leur concours. »
4.3/
Le référentiel de compétences[8].Le
référentiel des compétences nécessaires aux enseignants
spécialisés de toutes les options du C.A.P.S.A.I.S., se trouve
dans le B.O. hors série n°3 du 8 mai 1997. L’enseignant
spécialisé a une mission de relation, d’échange et
communication : avec l’enfant et sa famille, avec d’autres
professionnels à l’intérieur comme à l’extérieur de
l’école, ainsi qu’un travail en équipe. Les compétences
spécifiques de l’enseignant spécialisé chargé de rééducation
sont précisées dans ce texte. Les termes
« partenariat » et « partenaires » sont
plusieurs fois employés. Il s’agit pour le rééducateur de
connaître les structures d’aides extérieures à l’école afin
de mettre en place le « cadre d’un travail en
partenariat .» En ce qui concerne de l’aide rééducative,
il doit « élaborer avec les partenaires les conditions
permettant »la mise en place de cette aide, «conditions de
partenariat nécessaires..» Dans le suivi et l’évaluation du
projet rééducatif, il doit tenir compte des « éléments
provenant des différents partenaires (enseignants, parents..) »Le
rééducateur aura une mission d’informations auprès des
familles. Cette information sera régulière et complète. Il
s’agira pour le rééducateur d’informer et d’expliquer à la
famille de l’enfant, son travail, mais aussi de s’informer
auprès de celle-ci .
Conclusion:
Cette partie théorique m’a permis d’apporter des éclairages et
des explications au questionnement présenté dans l’introduction.
La prise en compte de la diversité des familles, de la difficulté
d’être parent semblent des conditions nécessaires à la mise en
place d’un partenariat avec la famille en rééducation. Même si
le cadre institutionnel réaffirme que le partenariat, grâce à des
relations de complémentarité, doit contribuer à la réussite de
tous les élèves de l’école, qu’en est-il dans la pratique du
rééducateur. Quelles sont les conditions mises en place pour que
ce partenariat avec la famille soit une aide dans le travail engagé
avec l’enfant ?
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